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Que devient votre pension luxembourgeoise si vous partez

19 AVR. 2026 · 13 min de lecture

Si vous avez travaillé au Luxembourg et que vous partez — pour un autre pays de l'UE, le Royaume-Uni, les États-Unis ou plus loin —, le Luxembourg conserve vos cotisations et vous verse une pension à 65 ans si vous êtes éligible. Voici exactement comment cela fonctionne, et les trois cas où ce n'est pas le cas.

Vous avez travaillé quelques années au Luxembourg. Vous partez maintenant — retour au pays, vers un autre pays européen, ou plus loin. La question naturelle est : que deviennent les cotisations que vous avez versées à la CNAP ? Vous sont-elles remboursées ? S’évaporent-elles ? Devez-vous rester en Europe pour en bénéficier ? Faut-il être ressortissant de l’UE ?

La réponse courte est que le Luxembourg ne garde pas votre argent et ne vous le rembourse pas non plus. Il conserve vos cotisations à votre dossier, et à l’âge de la retraite il vous verse une pension calculée sur vos cotisations — à condition que vous remplissiez deux seuils et que vous résidiez dans un pays où il existe une voie légale pour vous la payer. Pour la plupart des personnes qui partent, cette voie est directe. Pour une minorité non négligeable, elle ne l’est pas, et cet article est écrit pour clarifier la différence.

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La règle par défaut : vos années luxembourgeoises restent au dossier, et le Luxembourg vous paie à 65 ans

Lorsque vous cessez de cotiser au système luxembourgeois — que ce soit en quittant le pays, en changeant pour un employeur non luxembourgeois ou en prenant votre retraite —, votre dossier de cotisations luxembourgeois ne se clôt pas, ne se réinitialise pas, n’expire pas. Il reste auprès de la CNAP pour une durée indéterminée, en attente d’une demande de pension. Vous pouvez déposer cette demande des décennies plus tard depuis un autre pays et recevoir la pension que vous avez acquise.

Deux conditions doivent être remplies au moment de la demande :

  1. Vous avez qualifié pour une pension luxembourgeoise. Le test de qualification est le même que pour tout autre demandeur : il faut un total de 120 mois (dix ans) d’assurance, dont au moins 12 mois de cotisations luxembourgeoises. Les 120 mois peuvent être totalisés à travers les pays de l’UE/EEE, la Suisse, le Royaume-Uni au titre de l’accord de retrait, et les pays avec lesquels le Luxembourg a signé une convention bilatérale de sécurité sociale. Voir plus bas pour la liste.

  2. Il existe une voie légale pour vous payer à l’étranger. Les pensions luxembourgeoises peuvent être « exportées » — versées sur un compte dans un autre pays — au titre du règlement (CE) n° 883/2004 pour les ressortissants de l’UE et les ressortissants de pays tiers en séjour régulier, et au titre de conventions bilatérales spécifiques dans les autres cas. Pour quiconque se trouve en dehors de ces cadres, l’exportation de pension n’est pas automatique.

Pour la plupart des lecteurs, ces deux conditions sont remplies sans difficulté et le reste est procédural. Les sections suivantes parcourent les cas courants, puis les cas limites, puis ce qu’il faut faire aujourd’hui.

Cas 1 : vous partez du Luxembourg pour un autre pays UE/EEE, la Suisse ou le Royaume-Uni

C’est le cas le plus net. Le règlement (CE) n° 883/2004 couvre les 27 États membres de l’UE, ainsi que l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège via l’accord EEE, et la Suisse via l’accord UE–Suisse sur la libre circulation des personnes. Le Royaume-Uni est couvert pour les situations transfrontalières post-Brexit via l’accord de retrait et l’accord de commerce et de coopération.

Au titre du règlement 883/2004 :

  • Vos mois d’assurance luxembourgeois comptent dans la qualification de votre nouveau pays, et inversement. Si vous avez 6 années luxembourgeoises puis accumulez 8 années néerlandaises, les Pays-Bas reconnaîtront vos 14 années cumulées lors du test d’éligibilité à leur pension. Le Luxembourg fera de même lors du sien.
  • À la retraite, chaque pays vous verse une pension partielle calculée uniquement sur les années cotisées chez lui. Le Luxembourg paie pour vos années luxembourgeoises. Les Pays-Bas paient pour vos années néerlandaises. Les pensions ne sont pas fusionnées.
  • Vous déposez une seule demande, dans votre pays de résidence au moment de la demande. Cette institution transmet votre dossier à chaque autre pays dans lequel vous avez été assuré, via le système d’échange électronique EESSI.
  • Votre pension luxembourgeoise est payée en euros sur un compte dans votre pays de résidence, tous les mois, à vie.

Le minimum luxembourgeois d’un an s’applique toujours. Si vous avez travaillé au Luxembourg moins de 12 mois, vous ne recevrez pas de pension luxembourgeoise distincte — mais ces mois ne sont pas perdus. Ils sont comptés par votre nouveau pays aux fins de son propre test de qualification. C’est une règle qui piège certains : « moins d’un an » signifie que le Luxembourg ne vous émet pas de chèque, pas que les cotisations disparaissent.

Les mécanismes détaillés du système transfrontalier 883/2004 sont couverts dans notre article sur les frontaliers. Si vous quittez le Luxembourg pour la France, l’Allemagne ou la Belgique spécifiquement, cet article approfondit la procédure de demande pays par pays.

Cas 2 : vous partez pour un pays ayant une convention bilatérale avec le Luxembourg

Hors du bloc UE/EEE/Royaume-Uni/Suisse, le Luxembourg a signé des conventions bilatérales de sécurité sociale avec une liste de pays individuels. Ces conventions font pour ces pays à peu près ce que le règlement 883/2004 fait pour l’UE : reconnaissance mutuelle des périodes d’assurance aux fins de qualification, calcul au prorata des pensions, et base légale pour le versement de la pension luxembourgeoise sur un compte dans le pays partenaire.

La liste, telle que publiée par le Ministère de la Sécurité sociale luxembourgeois, couvre : l’Albanie, l’Argentine, la Bosnie-Herzégovine, le Brésil, le Canada (avec une convention distincte pour le Québec), le Cap-Vert, le Chili, la Chine, l’Inde, le Japon, le Maroc, la Moldavie, le Monténégro, la Macédoine du Nord, les Philippines, la Serbie, la Corée du Sud, la Tunisie, la Turquie, les États-Unis, l’Uruguay, ainsi que les États successeurs de l’ancienne Yougoslavie.

La liste actuelle faisant foi est publiée sur secu.lu/conv-internationales/conventions-bilaterales. Cette liste évolue occasionnellement (nouvelles conventions signées, anciennes renégociées), alors vérifiez la source primaire avant toute décision.

Si vous partez pour un pays de cette liste :

  • Vos mois d’assurance luxembourgeois peuvent toujours être totalisés avec l’assurance dans ce pays pour franchir le seuil luxembourgeois de 120 mois.
  • Votre pension luxembourgeoise peut toujours être payée à l’étranger sur un compte dans ce pays.
  • Vous déposez votre demande via l’institution de retraite équivalente dans ce pays (ou directement auprès de la CNAP), et les deux institutions se coordonnent.
  • Les conventions diffèrent dans le détail — ce qui compte comme « assurance » dans chaque système est défini par le texte bilatéral spécifique, et non par une règle européenne unique. Pour la plupart des travailleurs, c’est invisible ; pour les cas limites (ex. travail indépendant à l’étranger, régimes spéciaux), cela compte.

Pour les lecteurs concernés par les États-Unis : la convention bilatérale Luxembourg–États-Unis est en vigueur depuis des décennies et constitue la base légale par laquelle les pensions luxembourgeoises sont routinement versées aux retraités vivant aux États-Unis, et vice versa.

Cas 3 : vous partez pour un pays sans convention

Si votre destination n’est ni dans le bloc UE/EEE/Royaume-Uni/Suisse, ni sur la liste des conventions bilatérales, la situation est différente et mérite d’être nommée clairement.

L’exportation de pension n’est pas automatique. Le Luxembourg n’a pas de règle générale prévoyant que la CNAP verse des pensions partout dans le monde. Les pays sans convention bilatérale — par exemple l’Australie, Singapour, Hong Kong, les Émirats arabes unis, la majeure partie de l’Afrique subsaharienne et une bonne partie de l’Asie du Sud-Est — n’entrent pas dans la catégorie « pays tiers avec lequel le Luxembourg a conclu un accord ». Pour ces destinations, la base légale permettant le versement de votre pension luxembourgeoise sur un compte local n’est pas garantie.

Vos mois d’assurance restent néanmoins au dossier. Le Luxembourg ne clôt pas votre dossier parce que vous avez déménagé à Singapour. Si vous vous installez plus tard dans un pays couvert (retour dans l’UE par exemple, ou aux États-Unis), vous pouvez déposer votre demande depuis là. Vos années luxembourgeoises ne sont pas effacées.

Votre nationalité compte. Au titre du règlement (CE) n° 883/2004, les ressortissants de l’UE peuvent exporter leur pension luxembourgeoise vers tout pays UE/EEE/Suisse/Royaume-Uni, quel que soit leur pays de résidence actuel, tant qu’ils résident dans l’un d’eux. Pour les ressortissants de pays tiers (non-UE) ayant travaillé au Luxembourg, les droits à l’exportation dépendent de l’existence d’une convention entre le Luxembourg et leur pays de nationalité (pas nécessairement leur pays de résidence). Cette distinction surprend souvent et mérite d’être prise au sérieux si elle vous concerne.

Un recours existe : le rachat rétroactif de périodes d’assurance. Si vous avez quitté un régime de pension étranger non couvert par aucune convention et que vous revenez plus tard au Luxembourg en remplissant des critères précis — résidence légale au Luxembourg, au moins 12 mois d’assurance obligatoire luxembourgeoise, moins de 65 ans, pas déjà bénéficiaire d’une pension personnelle —, vous pouvez dans certains cas racheter des périodes d’assurance rétroactives. Ce mécanisme est étroit et ne s’applique pas à la plupart des départs, mais il existe en droit luxembourgeois et est documenté par la CNAP.

Ce que la CNAP fait et ne fait pas lors de votre départ

Il vaut la peine d’être précis sur ce qui change et ce qui reste identique au moment du départ :

Ce qui reste identique :

  • Le cumul de vos mois d’assurance luxembourgeois (votre carrière d’assurance) reste au dossier pour une durée indéterminée.
  • Les montants de cotisations restent au dossier, revalorisés chaque année selon la formule CNAP (majorations forfaitaires + majorations proportionnelles, puis indexées), de sorte que votre future pension reflète ce que vous avez cotisé au moment où vous l’avez cotisé, ajusté des facteurs d’indice et de revalorisation luxembourgeois jusqu’à l’année de départ à la retraite.
  • Votre éligibilité à une pension luxembourgeoise à 65 ans est préservée.

Ce qui change :

  • Vous arrêtez d’accumuler de nouveaux mois d’assurance luxembourgeois (sauf à opter pour l’assurance continuée — voir plus bas).
  • Vous perdez l’accès automatique à l’assurance maladie luxembourgeoise comme salarié ; vous êtes couvert par le système de votre nouveau pays d’emploi ou de résidence.
  • Vous ne pouvez plus demander une estimation CNAP selon la même procédure qu’un assuré actif — les non-résidents demandent une estimation via la procédure transfrontalière, qui passe par l’organisme de contact du pays de résidence.

Ce à quoi vous pouvez souscrire (rarement utile pour les personnes qui partent, mais cela existe) :

  • L’assurance continuée permet à certains anciens assurés luxembourgeois de continuer à cotiser au système de pension luxembourgeois depuis l’étranger sous conditions précises. L’éligibilité est plus étroite qu’on ne le pense — elle suppose en général une période récente d’assurance obligatoire luxembourgeoise et une demande spécifique dans des délais définis. Elle intéresse surtout les personnes proches de la retraite qui souhaitent compléter des seuils précis (par exemple franchir la ligne des 480 mois pour la retraite anticipée à 60 ans).

Mise en garde sur l’assurance continuée. Ce n’est pas une option « continuez à cotiser indéfiniment depuis l’étranger » pour la plupart des personnes qui partent. Les règles sont strictes, les délais sont courts après le départ, et l’arithmétique lui est rarement favorable, sauf motif précis — comme être à deux ans d’un total obligatoire de 40 ans pour la retraite anticipée. Si vous y réfléchissez, parlez-en directement à la CNAP avant de vous engager.

Un exemple chiffré : départ après un court passage

Considérons une personne qui a travaillé au Luxembourg pendant quatre ans, de 2022 à 2026, puis qui s’installe définitivement au Portugal. Voici à quoi ressemble sa situation de pension à 65 ans :

  • 4 années luxembourgeoises → franchit le minimum des 12 mois luxembourgeois → percevra une pension luxembourgeoise partielle.
  • Carrière totale (disons 35 ans au total entre PT, LU et un pays antérieur) → franchit aisément le minimum UE totalisé des 120 mois.
  • À 65 ans, elle dépose une seule demande au Portugal. L’institution de pension portugaise transmet son dossier à la CNAP. La CNAP calcule une pension luxembourgeoise sur la base des quatre années luxembourgeoises et de son historique de revenus luxembourgeois, revalorisé à l’année de départ à la retraite. Le Portugal calcule sa propre pension. Elle reçoit les deux, tous les mois, en euros, sur son compte bancaire portugais.

La pension luxembourgeoise dans ce scénario est modeste — quatre années de cotisation, même à des salaires luxembourgeois raisonnables, ne produiront pas un montant élevé. Mais elle est réelle, elle est indexée, elle continue à vie, et elle continue d’être versée quelle que soit la décision éventuelle de revenir au Luxembourg.

Utilisez le calculateur en bas de cet article pour estimer votre propre pension luxembourgeoise à partir de votre historique de cotisations.

Ce qu’il faut faire maintenant, en cas de départ

Si vous quittez le Luxembourg ou êtes parti récemment, les étapes concrètes sont courtes :

  1. Récupérez votre relevé de carrière CNAP pendant que vous avez encore un accès facile. Si votre certificat LuxTrust est encore actif, connectez-vous à MyGuichet.lu et téléchargez le relevé maintenant. Vous en aurez besoin des décennies plus tard, et le récupérer en tant que non-résident est plus pénible que le récupérer pendant que vous disposez encore de l’identité numérique luxembourgeoise.
  2. Notez votre total de mois d’assurance. Si le chiffre est inférieur à 12, vous ne recevrez pas de pension luxembourgeoise distincte — les mois compteront dans votre nouveau pays. S’il est supérieur à 12, vous en recevrez une, à terme.
  3. Vérifiez si votre destination est couverte (UE/EEE/Suisse/Royaume-Uni, ou sur la liste des conventions bilatérales). Si oui, la voie par défaut 883/2004 ou bilatérale s’applique automatiquement au moment de la demande. Si non, sachez que l’exportation de pension vers votre destination n’est pas garantie.
  4. Conservez vos documents. Contrats de travail, bulletins de salaire de vos années luxembourgeoises, relevé de carrière CNAP, numéro de sécurité sociale luxembourgeois. Ils ne sont pas strictement nécessaires — la CNAP conserve ses propres dossiers — mais les demandes de pension transfrontalières rencontrent parfois des problèmes de rapprochement de données, surtout pour les passages courts, et disposer d’une trace papier accélère la résolution.
  5. Déposez votre demande deux à six mois avant la date de retraite envisagée, via l’organisme de contact de votre pays de résidence à ce moment-là. Les dossiers transfrontaliers prennent plus de temps que les dossiers domestiques.

Vous n’avez pas à notifier la CNAP de votre départ. Elle le saura — votre employeur cesse de déclarer les cotisations, et votre dossier passe automatiquement en statut dormant. Il n’y a ni formulaire à remplir ni délai à respecter au moment du départ.

Ce que le calculateur de ce site peut et ne peut pas faire pour vous

Le calculateur de MyPensionPlan.lu estime votre pension luxembourgeoise uniquement, sur la base des années cotisées au Luxembourg. Pour une personne qui part, c’est exactement la tranche qui compte : le montant que la CNAP finira par vous verser, séparément de ce que paie votre nouveau pays de résidence.

Ce que nous ne faisons pas :

  • Estimer votre pension dans votre pays de destination. Les règles y sont différentes et nécessiteraient un outil par pays pour être modélisées correctement.
  • Tenir compte des spécificités liées à une convention bilatérale particulière dans le calcul luxembourgeois. La formule CNAP standard s’applique quelle que soit la destination ; ce qui varie, c’est la manière dont vous pouvez recevoir le paiement, pas la manière dont il est calculé.

Si votre carrière est majoritairement non luxembourgeoise avec un court passage au Luxembourg, la sortie du calculateur sera un petit chiffre. Ce n’est pas un défaut — c’est le reflet de la réalité prorata des pensions transfrontalières.

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Sources :

  • CNAP, Carrière d’assurance à l’étranger — Principes généraux, cnap.public.lu
  • CNAP, Carrière d’assurance à l’étranger — Union européenne, cnap.public.lu
  • Ministère de la Sécurité sociale luxembourgeois, Conventions bilatérales, secu.lu — liste de référence des conventions bilatérales de sécurité sociale du Luxembourg.
  • Union européenne, Règlement (CE) n° 883/2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, articles 6, 7 (levée des règles de résidence — base légale de l’exportation de pension), 52 (calcul au prorata). EUR-Lex.
  • Migrants’ Access to Social Protection in Luxembourg (Springer, 2020) — panorama académique de la couverture bilatérale luxembourgeoise et de la distinction entre ressortissants UE et pays tiers pour les droits à l’exportation.
  • AMCHAM Luxembourg, 1st Pillar Pensions briefing — synthèse pratique sur la couverture de reconnaissance mutuelle et la mécanique pour les pays tiers.

Cet article est informatif ; il ne constitue ni un conseil financier, ni fiscal, ni migratoire. MyPensionPlan.lu ne commercialise ni assurance, ni produit de pension, ni conseil. Les estimations sont approximatives ; votre pension réelle est déterminée par la CNAP et par les institutions équivalentes des pays dans lesquels vous avez travaillé. Les règles et la couverture par pays évoluent — vérifiez toujours les sources primaires liées ci-dessus avant toute décision fondée sur cet article.

Dernière révision : 20 avril 2026
Publié le 19 AVR. 2026
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