Le 18 décembre 2025, la Chambre des Députés a adopté le projet de loi n° 8634, une loi d’adaptation du régime de pension entrée en vigueur le 1er janvier 2026, avec une disposition reportée au 1er juillet 2026. La réforme est issue de la consultation publique Schwätz mat ! du gouvernement et est décrite par la CNAP comme visant à « renforcer la viabilité financière du système tout en maintenant l’âge légal de la retraite à 65 ans », avec pour horizon déclaré de stabiliser le régime général de pension jusqu’en 2042 et de préserver les réserves jusqu’en 2050.
Cet article est un exposé centré sur les mécanismes. Il décrit ce que la loi fait réellement, les populations qu’elle affecte et — tout aussi important — ce qu’elle laisse explicitement inchangé. Il n’argue ni pour ni contre la réforme, ne classe pas le Luxembourg par rapport à d’autres pays et ne vous conseille pas sur la conduite à tenir en réponse.
Ce que la réforme ne change explicitement pas
L’essentiel de la confusion autour de la réforme vient d’une surestimation de ses effets. Avant d’examiner ce qu’elle modifie, il est utile d’être explicite sur ce qu’elle laisse inchangé. La communication de la CNAP est inhabituellement claire sur ce point :
- L’âge légal de la retraite reste à 65 ans. Il n’y a eu aucune augmentation de l’âge statutaire de pension pleine, et aucune n’est programmée.
- La retraite anticipée à 57 ans est inchangée. La voie des 40 années de cotisation obligatoire est préservée exactement telle quelle.
- Les pensions déjà en cours de versement ne sont pas réduites. La réforme ne revalorise pas, ne recalcule pas et ne modifie pas autrement les pensions des personnes déjà à la retraite, et rien ne s’applique rétroactivement à celles atteignant l’âge de la pension avant les dates d’effet concernées.
- La formule de calcul de la pension est structurellement inchangée. La formule CNAP reste majorations forfaitaires + majorations proportionnelles sur revenus cotisables indexés, exprimés à l’année de base 1984. Taux, seuils et mécanisme d’échelonnement continuent à opérer sur la même base mathématique. Ce qui change, ce sont les entrées — années comptées, niveaux de cotisation — et non la structure qui convertit les entrées en un montant de pension.
- L’application échelonnée de la réforme de 2012 est intouchée. La réforme antérieure des pensions (loi du 21 décembre 2012) ajuste progressivement les taux de majoration proportionnelle et forfaitaire jusqu’en 2052 et fait glisser le seuil d’échelonnement année par année. Ce calendrier se poursuit selon son échéancier préexistant — la réforme de 2026 ne l’accélère pas, ne le suspend pas et ne le modifie pas autrement.
- Les régimes spécifiques de retraite anticipée pour travail posté, travail de nuit et restructuration d’entreprise sont inchangés.
Les quatre principales modifications
Ces continuités posées, voici ce que la réforme modifie réellement. La synthèse de la CNAP identifie quatre adaptations principales. Le calculateur de MyPensionPlan.lu reflète déjà celles qui touchent l’arithmétique de calcul des pensions ; les autres sont des règles, des conditions d’éligibilité ou des mesures fiscales qui se situent à côté de la formule.
1. Hausse du taux de cotisation de 24 % à 25,5 %
Le taux de cotisation global à la pension — le total payé conjointement par salarié, employeur et État luxembourgeois — passe de 24 % à 25,5 % des revenus cotisables. Sous la répartition d’avant la réforme, chacune des trois parties payait 8 %. Sous la réforme, chacune paie 8,5 %. La part de l’État est financée sur la fiscalité générale.
C’est la modification la plus visible immédiatement pour quiconque regarde un bulletin de salaire luxembourgeois en janvier 2026 et remarque une retenue de pension légèrement plus élevée qu’en décembre 2025. Cela ne change pas le calcul de votre future pension — la formule de prestation CNAP est inchangée —, mais cela augmente la part des salaires actuels dirigée vers le système pour le financer.
2. Années d’études : le plafond à 27 ans est supprimé
Avant la réforme, les années passées dans l’enseignement supérieur entre 18 et 27 ans pouvaient être reconnues comme périodes complémentaires d’assurance (jusqu’à neuf années, sans cotisation rétroactive). La réforme conserve le plafond des neuf ans et le plancher de 18 ans, mais supprime la limite supérieure d’âge à 27 ans.
En pratique, cela signifie qu’un doctorant étudiant encore à 28 ou 29 ans, une personne reprenant des études tardivement ou quiconque dont l’enseignement supérieur s’est prolongé au-delà de la limite d’avant la réforme peut désormais faire compter ces années dans sa carrière d’assurance totale — tant que la reconnaissance totale des périodes d’études ne dépasse pas neuf années.
Pour le calculateur, cela affecte le décompte d’années utilisé dans la composante des majorations forfaitaires de la formule CNAP. Cela n’affecte pas la composante des majorations proportionnelles (fondée sur les revenus), car les années d’études sont des périodes sans revenu cotisable.
3. La retraite anticipée à 60 ans devient progressivement plus exigeante (à partir du 1er juillet 2026)
Seule disposition reportée de la réforme : entre le 1er juillet 2026 et 2030, la condition de durée d’assurance pour la pension de vieillesse anticipée débutant à 60 ans est allongée cumulativement de huit mois.
L’application échelonnée, telle que publiée par la CNAP :
- À partir du 1er juillet 2026 : +1 mois
- 2027 : +2 mois
- 2028 : +4 mois
- 2029 : +6 mois
- À partir de 2030 : +8 mois
Ainsi, une personne qui atteint 60 ans en 2030 et souhaite partir anticipativement devra compter 480 mois + 8 mois = 488 mois (40 ans et 8 mois) d’assurance, au lieu des 480 mois d’avant la réforme. Quelqu’un qui avait atteint 60 ans mi-2025 n’est pas concerné ; quelqu’un qui atteint 60 ans en 2029 a besoin de six mois supplémentaires.
La retraite anticipée à 57 ans n’est pas affectée par la réforme. L’exigence de 40 années de cotisation obligatoire pour la retraite à 57 ans reste inchangée. La nouvelle règle ne cible que la voie de retraite anticipée à 60 ans.
4. Introduction de la pension partielle dans le régime général
Auparavant, l’option de transition graduelle vers la retraite par réduction du temps de travail et perception d’une pension partielle n’existait que dans la fonction publique. À partir du 1er janvier 2026, les travailleurs du secteur privé, relevant du régime général, peuvent également utiliser ce mécanisme.
Un travailleur éligible à une pension mais souhaitant poursuivre son activité à temps partiel peut percevoir une pension partielle aux côtés d’un salaire partiel, la carrière d’assurance continuant à s’accumuler sur la portion travaillée. L’intention, telle qu’énoncée dans les documents de consultation du gouvernement, est d’offrir une transition plus fluide entre l’emploi à temps plein et la retraite pleine, plutôt que la rupture actuelle « emploi à temps plein un jour, retraité le lendemain ».
Les conditions d’éligibilité précises, les plages de pourcentage et le mode de calcul de la part de pension pendant la phase progressive sont définis dans la loi et les règlements d’application. Ces détails se situent hors du périmètre du calculateur de MyPensionPlan.lu, qui estime le montant de pension à la retraite pleine.
Deux mesures fiscales connexes que vous pourrez voir citées
La réforme s’accompagne de deux changements fiscaux souvent évoqués dans la même foulée, mais techniquement distincts :
Abattement fiscal pour maintien dans la vie professionnelle après l’âge de la pension. Les travailleurs ayant atteint l’âge d’éligibilité à la pension mais choisissant de poursuivre leur activité — même à temps partiel — peuvent demander un abattement fiscal renforcé (jusqu’à 9 000 € par an, selon les communications gouvernementales du 10 octobre 2025). Cet abattement se demande via une procédure MyGuichet.lu (Abattement pour le maintien dans la vie professionnelle).
Augmentation du plafond de l’article 111bis. Le plafond annuel de déductibilité fiscale des contrats individuels d’épargne-retraite au titre de l’article 111bis de la loi sur l’impôt sur le revenu passe de 3 200 € à 4 500 € par an et par contribuable. Il s’agit d’une mesure du pilier 3 (épargne-retraite privée), non d’une modification de la pension d’État CNAP elle-même — mais elle partage la date d’entrée en vigueur 2026 et est habituellement discutée dans le même paquet de réforme.
Aucune de ces deux mesures n’est une règle de pension CNAP. Ce sont des règles fiscales qui affectent la manière dont les revenus ou l’épargne liés à la pension sont fiscalement avantagés. Le calculateur de MyPensionPlan.lu estime des montants de pension CNAP bruts et ne modélise pas les situations fiscales individuelles.
Qui est concerné, et comment
Les populations que la réforme touche sont plus étroites que ce que le débat public laisse parfois entendre :
- Travailleurs qui cotisent actuellement : le taux de cotisation passe de 8 % à 8,5 % des revenus cotisables côté salarié. Visible sur les bulletins de salaire à partir de janvier 2026.
- Toute personne ayant étudié au-delà de 27 ans : les années d’études après 27 ans sont désormais reconnaissables, dans la limite du plafond total de neuf années.
- Travailleurs envisageant une retraite anticipée à 60 ans entre 2026 et 2030 : ont besoin d’un nombre croissant de mois d’assurance à mesure que l’application échelonnée progresse. Ceux qui prévoient de partir à 60 ans en 2031 ou plus tard ont besoin des huit mois supplémentaires complets. Les travailleurs transfrontaliers en particulier devraient lire notre article sur les frontaliers, car l’application échelonnée interagit avec les périodes d’assurance européennes totalisées de manière facilement mal calculée.
- Travailleurs éligibles à la retraite mais encore disposés à travailler : peuvent désormais utiliser l’option de pension partielle s’ils relèvent du régime général, et peuvent bénéficier de l’abattement fiscal renforcé.
Si vous êtes déjà à la retraite, ou si vous prévoyez de partir à exactement 65 ans indépendamment de la réforme, la seule modification visible sera une retenue de pension légèrement plus élevée sur vos bulletins de salaire restants jusqu’à la retraite, et rien d’autre.
Note sur les dates et la terminologie
Avertissement pratique pour qui lit d’anciens contenus luxembourgeois sur cette réforme : en 2024 et 2025, le projet de loi se trouvait à différentes étapes de consultation et d’examen législatif. Vous trouverez des articles parlant d’une « réforme des pensions de 2024 » ou d’une « réforme des pensions de 2025 » qui décrivent le même paquet — ils ont simplement été publiés à différents moments du cheminement à travers la Chambre des Députés. Les seules dates qui comptent sont :
- 18 décembre 2025 — loi adoptée par la Chambre des Députés (projet de loi 8634).
- 1er janvier 2026 — entrée en vigueur de la plupart des dispositions.
- 1er juillet 2026 — début de l’application échelonnée de l’allongement de la durée d’assurance pour la retraite anticipée à 60 ans.
Sauf nouvelle réforme à venir, ce sont les dates auxquelles ancrer la réforme.
Ce que cela signifie pour le calculateur
Le calculateur de MyPensionPlan.lu applique les paramètres post-réforme pour les pensions débutant en 2026 ou après. Concrètement :
- Il utilise le contexte post-réforme du taux de cotisation dans ses hypothèses (le changement de taux affecte le financement du système, pas la formule individuelle de prestation, aucun changement arithmétique n’est donc requis ici).
- Il accepte les saisies d’années d’études jusqu’au plafond de neuf ans sans imposer la restriction supprimée des 27 ans.
- Il applique les seuils échelonnés de retraite anticipée à 60 ans pour les scénarios débutant à partir du 1er juillet 2026.
- Il ne modélise pas l’option de pension partielle. C’est un mécanisme de transition en cours de vie active, pas un montant de pension final, et le périmètre du calculateur est le montant final uniquement.
Si vous avez exécuté un calcul sur ce site avant janvier 2026 et que vous comparez les résultats, les petites différences que vous observez maintenant reflètent le calibrage de la réforme plutôt que des modifications du calculateur.
Sources :
- CNAP, Informations autour de l’adaptation du régime de pension en 2026, cnap.public.lu — la synthèse faisant foi de la réforme par la CNAP (dernière modification 06.01.2026).
- Chambre des Députés, Projet de loi n° 8634 portant adaptations de certains régimes de pension, chd.lu/fr/dossier/8634 — dossier législatif de la réforme.
- Ministère de la Santé et de la Sécurité sociale, Schwätz mat ! Adaptations du régime de pension dès 2026, m3s.gouvernement.lu — documents de communication du gouvernement en phase de consultation.
- Gouvernement luxembourgeois, Résumé des travaux du 10 octobre 2025 — annonce de politique confirmant l’abattement fiscal renforcé de 9 000 € pour travail prolongé.
Cet article est informatif ; il ne constitue ni un conseil financier, ni fiscal, ni juridique. MyPensionPlan.lu ne commercialise ni assurance, ni produit de pension, ni conseil. La réforme est récente et ses règlements d’application peuvent être modifiés ; vérifiez toujours les sources primaires ci-dessus pour les détails actuels avant toute décision.